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Le livre numérique en France : enfin prêt au décollage ?
Retrouvez le compte-rendu et les photos de la table-ronde du 20/09/12

Toutes les photos de la soirée à retrouver sur notre page facebook.

L'intégralité du compte-rendu à lire ici.

 

Le Labo de l’édition réunissait jeudi 20 septembre plusieurs intervenants d’un sujet crucial pour tout le secteur de l’édition : le décollage du livre numérique en France.

 

Etaient réunis pour cette discussion animée par Virginie Rouxel, déléguée générale du Labo de l’édition :

- Jean-Louis Missika, professeur titulaire de la chaire d’économie et gestion des industries numériques et des nouveaux medias au Cnam et adjoint au Maire de Paris, chargé de l'innovation, de la recherche et des universités, qui est à ce titre avec Lyne Cohen-Solal à l’origine de la création du Labo de l’édition.

- Philippe Colombet, directeur de Google Livres France, depuis juin dernier partenaire du Labo de l’édition,

- Alexis Esménard, directeur du développement numérique aux éditions Albin Michel,
et David Meulemans, qui n’eut qu’un étage à descendre pour participer à la table-ronde puisque les éditions Aux Forges de Vulcain qu’il a fondées sont hébergées au Labo où elles développent Egeon, un logiciel d’aide à l’écriture.

 

En introduction, Virginie Rouxel a clairement énoncé les enjeux du débat.

 

Le « décollage » du livre numérique est sans cesse annoncé depuis 2 ans, mais il tarde pourtant à se manifester en France, où le chiffre d’affaires réalisé par les éditeurs représente environ 1 à 2% de leurs ventes. Cependant, des taux de croissance à venir estimés à 115 % donnent des projections pour 2015 d’environ 6% à 7% en valeur (selon Xerfi ou l’Idate), et même 13% en volumes. Ces chiffres ne sauraient par ailleurs être la seule mesure d’un marché où l’offre gratuite, qu’elle soit légale ou non, se développe de pair avec l’offre monétisée et transforme les usages.


Le marché a été tiré durant les deux dernières années par l’offre d’innovation technologique, qui donne lieu à une véritable floraison de supports mobiles mono ou multi-usages. Les Français s’équipent depuis 2011 en terminaux de lecture : 27 000 liseuses vendues en 2010, 150 000 en 2011, 300 000 attendues en 2012. Pour les tablettes, on passerait de 1,5 millions en 2011 à 3 millions en 2012. C'est peu, et les matériels ont des faiblesses : interfaces, autonomie, coût, enfermement dans un écosystème. Les usages de lecture numérique, dans ces conditions, peinent à se développer.

 

- Les canaux de distribution se multiplient eux aussi : Fnac, Virgin, Chapitre, Feedbooks, Decitre, mais aussi bien sûr Amazon et Ibookstore, et l’offre Livres dans Google Play lancée récemment. Cette multiplication pose le problème de l’interopérabilité des différentes bibliothèques du lecteur et celle du développement des normes et standards pour assurer fluidité et pérennité des achats.

 

- Du côté de l’offre, la production homothétique des éditeurs augmente, ainsi que celle des pure players ou de l’auto-édition. Cependant, une production pensée pour les possibilités des nouveaux supports est encore balbutiante. Des prix élevés pour des contenus protégés donc difficilement transférables ne sont pas non plus incitateurs.

 

Ayant posé les cadres du débat, Virginie Rouxel a proposé aux intervenants et au public de s’interroger sur les freins et les leviers au décollage du livre numérique en France :
 

- Est-ce qu’il n’y aurait qu’une demande marginale pour le numérique en France, territoire irrigué de 4000 librairies ? Ou bien est-ce que les freins au décollage du livre numérique  sont liés à l’offre - outils et supports de lecture, modes d’accès, contenus ?  

 

- La lenteur de décollage est-elle le produit d’une tension entre les acteurs, puisqu’un nouveau marché rebat les cartes entre acteurs installés et nouveaux entrants, et exacerbe la concurrence entre les nouveaux entrants eux-mêmes ?

 

- Enfin si les risques freinent en France l’adoption d’une technologie et d’un usage adoptés ailleurs, quels sont les leviers qui permettraient de transformer les risques en opportunités ?

 

L’impact du numérique sur les industries traditionnelles : l’exemple de la musique

 

Virginie Rouxel s’est d’abord tournée vers Jean-Louis Missika, en sa qualité de spécialiste des industries numériques : comment analyser l’impact du numérique sur les industries traditionnelles ? Jean-Louis Missika a évoqué la transition numérique du secteur musical qui ne s’est pas fait sans dommages pour les labels : une offre légale trop restreinte et une complexité d’achat peuvent être des raisons au développement du piratage.

Cependant, selon lui, le livre n’est pas autant menacé que le secteur musical, malgré la position difficile des éditeurs face aux libraires mondiaux que sont Google, Amazon et Apple. Il rappelle cependant que l'édition n'a pas su pour l'instant tirer les leçons du passage au numérique des autres industries créatives (cinéma, musique).

 

La frilosité des éditeurs traditionnels pour le numérique


Interrogé sur la part importante du papier dans le chiffre d’affaires des éditeurs, qui pourrait expliquer un frein dans les investissements vers le livre numérique, Alexis Esménard, directeur du développement numérique chez Albin Michel, s’est défendu d’une soi-disant frilosité : les éditeurs historiques se sont dès le départ associés aux premiers travaux sur la mise au point d’un standard pour le livre numérique, qui donna naissance au format epub.


Les lecteurs attendent beaucoup du livre numérique : coûts réduits par rapport au livre papier, possibilité de posséder et transmettre son fichier. Est-ce que ce sont des attentes déraisonnables ? Selon l’éditeur, produire un livre numérique (qui ne soit pas une simple conversion d'un fichier déjà existant) coûte plus cher que de produire un livre papier. « Les éditeurs ne sont pas des imprimeurs » : le travail de l’éditeur consiste avant tout en un travail sur le texte et le contenu avec l’auteur en amont de la publication, et en un effort marketing important pour la promotion du livre. Cet investissement n’est pas rentabilisé en numérique.

 

Le sujet des DRM est abordé : pourquoi ne peut-on pas posséder et transmettre un fichier acheté? Selon Alexis Esménard, le véritable problème ne sont pas les DRM, qui sont pour l'instant la meilleure protection contre le "piratage social" qui a dévasté l'industrie du disque, mais l'interopérabilité des DRM. Le lecteur doit pouvoir lire ses fichiers quelle que soit la librairie numérique dont ils proviennent. En somme, un "droit à la lecture" au même titre que le "droit à l'écoute".

 

La différence entre le marché français et le marché américain


Alors qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni les ventes de livres numériques atteignent désormais des parts de 10 à 15%, en France, le livre numérique représente encore moins de 2% des ventes. Comment expliquer cette différence ? Philippe Colombet, directeur de Google Livres France, a rappelé que le décollage du livre numérique aux Etats-Unis est certes fort, mais très récent. Le développement du livre numérique aux Etats-Unis est lié à un « engouement pour le matériel », mais aussi à un large catalogue d’ebooks.

 

Un marché trop compartimenté ?


L’offre de livres numériques en France serait-elle donc  trop compartimentée, interroge Virginie Rouxel ? Plus de convergence entre les différentes offres intégrées matériel-librairie pourrait-il produire un effet dopant sur les usages?


Selon Philippe Colombet, l’offre de Google Play tend justement à développer un écosystème applicatif ouvert. Google souhaite positionner la tablette Nexus 7 lancée récemment comme un repère pour les usages : selon la philosophie Androïd, l’accès à la plateforme n’est pas lié à un appareil en particulier.

 

Le rôle des startups dans la stimulation du marché


Pour David Meulemans, fondateur des éditions Aux Forges de Vulcain, qui développe au Labo de l’édition le logiciel d’écriture Egéon, l’approche d’une startup se distingue de celle des grands groupes en ce qu’elle définit sa solution à partir des besoins des usagers, en l’occurrence des lecteurs.   


La création d’Egéon, un logiciel d’écriture interactive et ludique, procède du constat d’une « gamification » de plus en plus profonde des pratiques de consommateurs.  Cette inscription de la mobilité, de la connectivité et du ludique dans les usages est liée à l'arrivée sur le monde du travail d’une génération qui a grandi avec les jeux vidéo. WeLoveWords, startup qui comme Aux Forges de Vulcain est incubée au Labo de l’édition, s’appuie de même sur des ressorts ludiques, en organisant des concours pour sélectionner les meilleures plumes pour les marques.

 

Vers une complémentarité entre papier et numérique ?


David Meulemans est d’abord éditeur, et c’est cette activité qui l’a conduit vers le numérique : les outils numérique au service de la création peuvent revaloriser certains usages du papier.


Alexis Esménard espère aussi développer chez Albin Michel des livres numériques dans la lignée de L’Herbier des Fées, exemple d’un mariage particulièrement réussi entre les talents d'un illustrateur de livre pour enfants, Benjamin Lacombe, et les possibilité d'interactivité offertes par la technologie numérique.

 

Présentation de l’offre Livres dans Google Play


Florian Pagès, en charge des partenariats avec les éditeurs chez Google Livres, a présenté l’offre Livres dans Google Play à la suite du débat. Cette présentation a montré comment accéder à l’offre à travers plusieurs devices.

 

A lire ailleurs :
"Le livre numérique en France : enfin prêt au décollage?" Compte-rendu par @Mariine
"Le bouquin livré à son destin" par @ClaireBerthelemy