livre scolaire étude

En 2016, le Labo de l’édition organisait en partenariat avec le CRAK (Cercle des éditeurs d’application pour les Kids) un cycle de tables rondes dédiées à l’éducation numérique. Ces rencontres ont eu pour objectif de favoriser le dialogue entre les professionnels du secteur éducatif et les acteurs de l’innovation, afin d’appréhender au mieux la transition numérique et envisager les solutions à venir. Elles explorent trois thèmes phares de cette mutation : le Serious Game (avril 2016), l’école numérique (mai 2016) et l’avenir du livre scolaire octobre 2016). Ces tables rondes feront l’objet d’une restitution à l’occasion de l’édition 2016 du festival EduCrak qui se tiendra en mars.

Un vent d’innovation souffle sur le livre scolaire. A l’heure où les éditeurs tentent de développer le marché numérique, la rentrée 2016 signe la réforme des programmes et impose au secteur un changement radical. Comment s’emparer de ce virage qui bouleverse le marché ? Startups et EdTech repensent le support d’apprentissage et dessinent de nouvelles pratiques pédagogique. Entre livres interactifs, contenus multimédias, communautés éducatives et algorithmes, à quoi ressemblera le livre scolaire de demain ? Comment accompagner l’acculturation et suivre l’évolution de ses usages en classe ?

Editeurs scolaires, start-up et acteurs du numérique éducatif se sont réunis au Labo de l’édition le 13 octobre 2016 pour discuter autour d’une table ronde de cette problématique et y apporter leurs éclairages. L’événement accueillait :

 

le web pédagogique livre scolaire

Vincent Olivier, fondateur du Web Pédagogique, la première communauté éducative francophone. La plateforme propose des manuels numériques (ebooks) interactifs et des kits pédagogiques conçus par et pour les profs. Elle permet également aux profs de créer leur propre blog pédagogique.

livre scolaire belin

Catherine Dang, responsable du développement numérique aux éditions Belin

kwyk livre scolaire

Roch Feuillade, co-fondateur de Kwyk, une plateforme d’entrainement en mathématiques mise à disposition des enseignants pour faire progresser leurs élèves et les aider à assimiler les notions apprises en classe. La start-up a rejoint de le Groupe Hachette.

Le livre scolaire de Jules Ferry à Google

 

livre scolaire rentrée 2016

 

Afin d’introduire le débat, Jennifer Elbaz a amené les participants à s’interroger sur la raison d’être du manuel scolaire en retraçant son histoire. Né au XVe siècle et d’origine religieuse, il a longtemps été dédié à l’enseignement des valeurs morales. Sa dimension pédagogique n’est exploitée qu’à partir du XIXe siècle. C’est Jules Ferry qui par le décret de 1890 impose aux enseignants de recourir à des livres pour transmettre le savoir. Lié à l’histoire de l’école républicaine, le manuel scolaire est depuis lors un objet familier de nos classes. C’est un support garant de la mise en oeuvre des programmes. Voici d’ailleurs ce qu’écrit le Ministère de l’Education Nationale dans l’introduction au rapport IGEN de mars 2012 :

« Toutefois, à l’heure de la révolution numérique, au moment où l’école cherche les voies d’un enseignement plus personnalisé, la question du manuel, de sa forme, de son utilité et de son utilisation, se pose dans des conditions nouvelles. A quoi sert-il ? Sert-il effectivement ? Dans quelle mesure et pour quoi les élèves et les enseignants en ont-ils besoin et l’utilisent-ils ? Qu’en attend l’institution ? Qui doit payer ? Que signifie au siècle d’internet le manuel pensé du temps de Jules Ferry ? »

 

Au cours de la table ronde, Vincent Olivier a fait le point sur les transformations du manuel scolaire et ses perspectives d’évolution. Selon lui, le terme « manuel numérique » est une métaphore trompeuse. Une multiplicité de solutions se sont en effet développées à partir des différentes approches fonctionnelles du manuel scolaire : interprétation du programme sous forme de séquences, bandes de ressources multimédia, exerciseur, production communautaire et métadonnées d’usages. L’ère numérique a également vu apparaître de nouvelles méthodes comme l’adaptative learning ou la pédagogie différenciée, ainsi que de nouveaux modes d’apprentissage davantage liés à la sérendipité suggérée par le web.

Une industrie complexe en mutation : entre start-up, éditeurs & écoles

 

Pensée à la lumière de ces évolutions, la stratégie numérique de Belin nous était dévoilée par Catherine Dang. Selon elle, les profs s’appuieraient de plus en plus sur les contenus web pour constituer leurs cours. Conscient de ces nouveaux usages, l’éditeur a créé La Fabrique Connectée, un module de création de supports de séances qui permet aux enseignants de créer leurs propres supports personnalisés à imprimer, vidéoprojeter ou diffuser à leurs élèves sur tous supports numériques. Belin a également conçu Les Cahiers Connectés, offrant des exercices adaptés à chaque élève dans le but de les faire travailler en autonomie en écho avec les manuels. Catherine Dang a finalement évoqué le développement de PEP’S, la première plateforme scolaire d’entraînement personnalisé pour une pédagogie différenciée.

 

livre scolaire expérimentation
Les besoins des enseignants, c’est aussi le point de départ de la start-up Kwyk qui a entièrement déterminé son offre en interrogeant la réalité des salles de classes et ses limites pour la relation prof-élève. Une méthode couronnée de succès pour la jeune pousse rachetée il y a peu par Hachette : selon Roch Feuillade, 50% des enseignants qui testent la solution l’approuvent. Cependant, la question du modèle économique reste problématique. « Le contexte est difficile pour les start-up qui veulent améliorer le système éducatif », affirme le co-fondateur de Kwyk. Les moyens alloués au numérique à l’école étant encore faibles, l’entreprise sollicite les familles avec une offre d’un 1 mois gratuit destinée à convaincre les parents. L’objectif de cette stratégie est d’arriver à faire financer l’achat du logiciel par les parents d’élèves afin que les écoles l’adoptent progressivement. Roch Feuillade compare cette situation à celle des calculatrices au lycée, devenues un impératif à la charge des familles.

 

 

Vient alors sur la table la problématique de l’adoption des ressources numériques dans les classes. Alors que la question des budgets ressort souvent, on note que la conduite du changement repose également en grande partie sur les profs qui ont une certaine marge de manœuvre sur le choix des ressources éducatives. Si c’est à eux que revient le choix des livres scolaires, pourquoi ne pas consacrer une partie du budget manuel à aux ressources numériques ? Les intervenants notent encore aujourd’hui un consensus en faveur du manuel papier. Vincent Olivier relève même chez les enseignants une tendance « sociologique » à être conservateurs, à savoir maintenir le statu quo sous prétexte de préserver le métier de leurs successeurs et collègues. La relation complexe qui existe aujourd’hui entre la classe et les ressources numériques se matérialise dans les ventes. Selon Catherine Dang, la proportion de ressources numériques vendues par rapport au papier chez Belin est encore minime.

 

La réforme des collèges : vers une révolution des usages ?

 

livre scolaire révolution numérique

 

« Cependant, en cette rentrée 2016, quelque chose se passe : par l’impulsion du gouvernement, la réforme du collège met en avant le numérique », note l’intervenante. A la fin de l’année 2015, la Banque des Ressources Numériques pour l’Ecole a passé un appel d’offres à destination des éditeurs dont l’objectif était de fournir des contenus pour chaque matière. C’est dans le cadre du Plan Numérique pour l’Education, dans le volet « Tablettes Formation et Ressources », que le ministère a lancé cet appel d’offres afin de donner aux enseignants de contenus pré financés. Selon Catherine Dang, le cahier des charges laissait une grande place à l’expérimentation.

 

Marqué par une vague d’innovation technologique, cette période de réforme repense également les méthodes d’enseignement et les disciplines. Depuis mai 2016, Vincent Olivier s’attaque avec le Web Pédagogique aux Enseignements Pédagogiques Interdisciplinaires qui constituent un volet important de la réforme des collèges. Afin d’accompagner les enseignants dans l’appropriation de ce format, il a développé une plateforme de gestion des EPI destinée à faire des tests et à réfléchir sur l’expérience utilisateur. On y trouve des modèles d’EPI qui sont des sources d’inspiration pour les enseignants ainsi qu’un forum de discussion. En trois mois, 20 000 profs se sont inscrits sur la plateforme dédiée. Cet engouement illustrerait-il le début d’une révolution numérique des usages ?